Hier soir, en rentrant d'une soirée rencontre avec Jirô Taniguchi (un type formidable qui fait de très beaux manga et qui mériterai un prochain article), ma génitrice bien aimée et moi même avons été abordées par un couple assez âgé. Dans un anglais approximatif, l'homme nous demande si le train qui arrive s'arrête bien à telle gare. On comprend assez vite qu'ils parlent beaucoup mieux l'allemand, alors la conversation se poursuit, dans le train et en germain, s'il vous plaît. Pour quelqu'un qui n'a pas prononcé/lu/entendu un traître mot d'outre-rhin depuis un an, et qui a soigneusement oublié toute notion sitôt la porte du bac franchie, je me suis surprise à comprendre tout ce qui se disait, et à retrouver quelques bases élémentaires (et oui, ça pléonasme, et alors ?). Donc, oui, le verbe est en première position pour les question, en seconde position pour les phrases lambda, et on fout à la fin tout ce qui est participe passé, deuxième partie d'une forme composée... Et on dit Sie à des inconnus, et pas Du... Enfin les bases quoi.
L'anecdote n'a jusque ici aucun intérêt. Elle n'en aura peut-être pas non plus à la fin. Il se trouve qu'après une conversation assez laborieuse sur leurs visites à Paris, le type nous apprend qu'ils viennent de Cracovie (c'est en Pologne pour les non géographes) puis me demande si j'étudie à Paris. Je lui répond que je suis à l'Universität, en "erste Jahr in Kunst Geshischte".  Le visage du type s'illumine.

Il y a combien de chance pour que, sur un quai de gare à 22h30 en plein coeur de Paris, un couple de polonais ne parlant que l'allemand tombe sur une mère et sa fille causant aussi allemand ? Que tout ce petit monde prenne le même train ? Sur ces chances déjà assez restreintes, il en a combien pour que la mère soit prof d'arts plastiques et la fille étudiante en histoire de l'art ? Et sur ces infinitésimales probabilités, il en a COMBIEN pour que le polonais soit prof à l'Université de Cracovie, spécialisé en architecture du XXe siècle ????
Les autres occupants du wagon ont dû vraiment se poser des questions quand les quatre personnes qui causaient en allemand dans un coin se sont mis à s'échanger des noms d'architectes en germano-franco-anglais... Est-ce qu'on peut toujours parler de hasard quand on parle de Franck Loyd Wright et de "Le Côrbousièèèère" avec un inconnu polonais à presque 23h dans un train de banlieue ?